Paki reserra son col et le dioxide de carbone qu'il rejeta se cristalisa en nuage blanc dans la nuit qui l'entourait. Malgré le froid, il ne pressait pas le pas. La nouvelle qu'il avait à annoncer à sa famille ne l'enchantait guère. Cette année encore, les ouvriers de Makers of Good, Inc. ne seraient pas payés. Bien sûr, la compagnie faisait des ventes records de ses pilules Happiness mais être le leader du marché des émotions requérait beaucoup de dépenses, et si la compagnie payerait ses employés, elle devrait fermer ses portes. Au moins avez-vous un travail! lui avait dit le contre-maître. Lipo disait que ce n'est pas un travail si ce n'est pas payé, mais ça faisait deux mois déjà que plus personne n'avait eu de nouvelles de Lipo.
Paki se rappela d'un livre que lui avait montré un jour Lipo. Ce livre disait que les humains n'avaient pas toujours eu recours aux émotions synthétiques. Avant, l'humain avait des émotions naturellement en lui. Etre heureux était normal... et gratuit! Et puis un jour des sociétés ont commencé à vendre des émotions en synthèse, des mood booster comme ça s'appelait alors. Ce fut un succès mais les hommes abusèrent de ces substances et d'une génération à l'autre, la capacité endogénique du cerveau à creer le bien-être disparut peu à peu de notre ADN et ainsi était-on arrivé aujourd'hui à la nécessité pour l'être humain d'acheter des produits de bio-synthèse pour se sentir bien parce qu'on avait perdu la capacité de le faire naturellement. Les produits de synthèse auraient séché nos cellules créatrices de bien-être, des certaines sérotonines, nous rendant du coup tristes par nature et dépendants aux produits de substitution chimique pour pouvoir être joyeux.
L'humain aurait pu autrefois être heureux sans devoir acheter des pastilles de bonheur? Ca paraissait un peu gros L'histoire officielle était plus plausible. L'homme était un animal triste et dépressif jusqu'à ce que des génies trouvent la molécule de la joie et inventent le bonheur.
En tous les cas, ce ne sera pas encore pour ce Noël que Paki pourra acheter des cellules de bonheur à sa famille. Ce ne sera pas encore cette année que ses enfants seraient heureux. A cette pensée, Paki soupira et le dioxide de carbone qu'il rejeta dessina une forme blanche qui s'éleva dans l'obscurité sans fin de la nuit.
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